Guide · France · Répondre aux marchés

Comment répondre aux marchés publics en France.

Les acheteurs publics français ont signé 233 milliards d’euros de contrats en 2024, répartis sur plus de 220 000 marchés, et les PME en ont remporté six sur dix. Les règles figurent dans le Code de la commande publique. Les avis paraissent au BOAMP et, au-dessus des seuils européens, sur TED. Vous n’avez pas besoin d’une société française pour répondre, mais vous répondrez en français, et si votre entreprise est établie hors de l’UE, c’est l’acheteur qui décide de vous admettre ou non.

Mis à jour le 4 octobre 202612 min de lectureVérifié par rapport à : le Code de la commande publique, les fiches de la direction des affaires juridiques (DAJ) du ministère de l’Économie et les règlements européens fixant les seuils, à jour en octobre 2026

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Les marchés publics français en un paragraphe

Tous les marchés publics français relèvent du Code de la commande publique (CCP), en vigueur depuis le 1er avril 2019. Il transpose en droit français les directives européennes sur les marchés publics et y ajoute des règles propres à la France. Au-dessus des seuils européens, les acheteurs mènent une procédure formalisée et publient sur TED. En dessous, la plupart recourent à une procédure adaptée (MAPA), plus souple. Les petits marchés peuvent même être attribués sans aucune mise en concurrence. L’État, les collectivités territoriales et les hôpitaux publics achètent tous de cette manière, tout comme les entreprises publiques telles que la SNCF et EDF, selon les règles applicables aux secteurs spéciaux.

Où sont publiés les appels d’offres français

Où Ce qu’on y trouve
BOAMP (boamp.fr) Le Bulletin officiel des annonces des marchés publics. Il publie toutes les procédures formalisées et de nombreux MAPA. La recherche et les alertes par e-mail sont gratuites.
TED (le Journal officiel de l’UE) Tous les marchés au-dessus des seuils européens, au format standard européen eForms.
PLACE (marches-publics.gouv.fr) La plateforme des achats de l’État. Une loi de mai 2026 la rend obligatoire pour l’État, ses établissements publics, les hôpitaux publics et les organismes de sécurité sociale, de façon progressive et au plus tard en 2030.
Profils d’acheteur Des plateformes régionales et commerciales, comme Maximilien (Île-de-France), Mégalis (Bretagne), achatpublic.com et marches-securises.fr. C’est généralement là que vous téléchargez les documents et déposez votre réponse.
Journaux d’annonces légales (JAL) Des journaux locaux qui publient les avis des marchés de taille intermédiaire, en alternative au BOAMP.
Données ouvertes DECP (data.gouv.fr) Tous les marchés de 40 000 € ou plus, une fois attribués : qui a acheté quoi, à qui et pour combien. Utile pour repérer les titulaires en place et les dates de renouvellement.

Il n’existe pas encore de portail unique de dépôt des offres. L’avis indique quel profil d’acheteur héberge la consultation. En général, les appels d’offres français laissent 32 days entre la publication et la date limite.

Les seuils en 2026

Seuils européens (depuis le 1er janvier 2026, hors TVA). Au-dessus, une procédure formalisée et une publication sur TED sont obligatoires :

Marché Seuil
Fournitures et services : État et organismes centraux 140 000 €
Fournitures et services : collectivités territoriales et autres organismes publics 216 000 €
Fournitures et services : secteurs spéciaux (énergie, eau, transports, poste) 432 000 €
Fournitures et services de défense et de sécurité 432 000 €
Services sociaux et autres services spécifiques 750 000 € (1 000 000 € pour les secteurs spéciaux)
Travaux, pour tous les acheteurs 5 404 000 €

Les règles françaises en dessous :

Montant (hors TVA) Ce que l’acheteur doit faire
Moins de 60 000 € (fournitures et services) ou de 100 000 € (travaux) Aucune formalité : l’acheteur peut attribuer le marché sans publicité ni mise en concurrence, à condition de faire un bon usage des deniers publics et de ne pas toujours s’adresser au même fournisseur.
À partir de 60 000 €, lorsqu’un avis est publié La consultation est dématérialisée et l’intégralité des documents doit être en ligne gratuitement.
De 90 000 € jusqu’au seuil européen Avis au BOAMP ou dans un journal d’annonces légales, et dans la presse spécialisée si c’est nécessaire pour assurer une concurrence réelle.
Au seuil européen ou au-dessus Procédure formalisée, publiée au BOAMP et sur TED.

Les seuils de dispense de mise en concurrence ont été relevés en 2026 : de 40 000 € à 100 000 € pour les travaux au 1er janvier, et à 60 000 € pour les fournitures et services au 1er avril. Les petits marchés situés sous ces seuils se gagnent en étant connu de l’acheteur, pas en épluchant les avis.

Les procédures de passation

  • Procédure adaptée (MAPA) : sous les seuils européens, ainsi que pour les services sociaux et spécifiques quel que soit leur montant. L’acheteur organise lui-même la procédure et peut négocier. Un peu plus de la moitié (54 %) des marchés de 40 000 € ou plus sont des MAPA.
  • Appel d’offres ouvert : tout le monde peut remettre une offre. Il concerne un tiers des marchés. Le délai minimal de remise des offres est de 35 jours, ou de 30 jours lorsque les offres peuvent être transmises par voie électronique, ce qui est désormais la norme.
  • Appel d’offres restreint : les candidats déposent d’abord une candidature, dans un délai d’au moins 30 jours, puis ceux qui ont été sélectionnés remettent une offre, en général dans un délai d’au moins 30 jours, ou de 25 par voie électronique.
  • Procédure avec négociation et dialogue compétitif : pour les besoins complexes, lorsque la solution n’est pas connue à l’avance.
  • Accords-cadres : jusqu’à 4 ans, ou 8 pour les secteurs spéciaux. Ils représentent 41 % des marchés français en nombre et 74 % en montant : être retenu sur un accord-cadre compte donc souvent davantage que remporter un appel d’offres isolé.

Ce que vous devez fournir

Votre candidature. Les acheteurs doivent accepter le DUME, la version française du document unique de marché européen, quel que soit le montant du marché. Beaucoup utilisent encore les formulaires français DC1 (lettre de candidature) et DC2 (déclaration du candidat). Vous déclarez ne relever d’aucun motif d’exclusion et vous justifiez de vos capacités : chiffre d’affaires, références, effectifs et équipements. Depuis janvier 2026, un acheteur ne peut pas exiger un chiffre d’affaires annuel supérieur à 1,5 fois le montant du marché (contre deux fois auparavant). Vous n’avez pas à fournir de nouveau les documents que l’acheteur peut obtenir gratuitement via une base de données publique ou un coffre-fort numérique.

Les pièces demandées à l’attributaire. Avant la signature, le soumissionnaire retenu prouve qu’il est à jour de ses impôts et de ses cotisations sociales (l’attestation de vigilance de l’URSSAF, renouvelée tous les six mois, et une attestation de régularité fiscale) et fournit un extrait d’immatriculation (Kbis). Les entreprises étrangères fournissent les équivalents délivrés dans leur pays, ou une déclaration sous serment lorsqu’il n’en existe pas.

La langue. Les contrats avec les organismes publics français sont rédigés en français, et les acheteurs peuvent exiger une traduction en français de votre candidature comme de votre offre. Prévoyez de répondre en français, sauf indication contraire dans les documents de la consultation.

Dépôt et signature électroniques. À partir de 60 000 €, lorsqu’un avis est publié, les offres sont déposées par voie électronique sur le profil d’acheteur. En général, vous n’avez pas à signer au moment du dépôt : c’est l’attributaire qui signe le marché. Lorsqu’une signature est exigée, il doit s’agir d’une signature électronique avancée reposant sur un certificat qualifié, ou d’une signature qualifiée.

Chaque pièce, étape par étape. Qui délivre chaque attestation, qui peut l’obtenir pour vous, ce qu’elle coûte et combien de temps elle reste valable : Toutes les étapes pour répondre à un marché public en France.

Comment les offres sont évaluées

Les marchés sont attribués à l’offre économiquement la plus avantageuse, appréciée selon des critères de prix et de qualité dont la pondération est publiée à l’avance. Depuis 2026, les variantes (solutions alternatives) sont autorisées par défaut, sauf si l’acheteur les exclut.

Dans les procédures formalisées, les candidats évincés sont informés des motifs du rejet, et le marché ne peut pas être signé avant un délai de 11 jours après l’envoi électronique de la lettre de rejet (16 jours sinon). Pendant ce délai de standstill, vous pouvez saisir en urgence le tribunal administratif par un référé précontractuel. Après la signature, tout candidat lésé par l’attribution peut encore contester le contrat dans les deux mois suivant sa publication.

Être payé

  • Délais de paiement : 30 jours pour l’État et les collectivités territoriales, 50 jours pour les établissements publics de santé, 60 jours pour les entreprises publiques. Tout retard fait courir automatiquement des intérêts moratoires au taux principal de la BCE majoré de 8 points, plus une indemnité forfaitaire de 40 €.
  • Avance : obligatoire lorsque le marché dépasse 50 000 € et dure plus de deux mois, en principe entre 5 % et 30 % du montant. Pour les PME, elle atteint au moins 30 % sur les marchés de l’État, et au moins 10 % avec les grandes collectivités territoriales et les établissements publics de l’État.
  • Retenue de garantie : les acheteurs peuvent retenir jusqu’à 5 % à titre de garantie, mais depuis 2025, les grands acheteurs publics ne peuvent pas retenir plus de 3 % aux PME.
  • Facturation : toute facture adressée à un acheteur public passe par Chorus Pro, le portail de facturation électronique de l’État. Les fournisseurs étrangers s’y inscrivent avec leur numéro de TVA intracommunautaire ou un identifiant hors UE ; aucun numéro d’entreprise français n’est nécessaire.

Répondre depuis l’étranger, y compris depuis l’Inde

Depuis l’UE ou l’EEE, vous avez exactement les mêmes droits qu’une entreprise française.

Depuis un pays hors UE, tout dépend de votre pays :

  1. Les pays parties à l’Accord sur les marchés publics de l’OMC, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud, le Canada et la Suisse, bénéficient d’un accès garanti aux marchés couverts par l’accord.
  2. Les autres pays n’ont aucun accès garanti. Dans l’arrêt Kolin du 22 octobre 2024, la Cour de justice de l’UE a jugé que les entreprises de pays n’ayant pas conclu d’accord sur les marchés publics avec l’UE ne peuvent pas invoquer le droit de l’Union pour exiger l’égalité de traitement. L’acheteur peut les admettre ou les exclure.
  3. L’Inde fait partie du second groupe. Elle est observatrice à l’accord de l’OMC, et non partie. L’accord de libre-échange UE–Inde conclu le 27 janvier 2026 ne comporte aucun chapitre sur les marchés publics, et il n’est encore ni signé ni en vigueur. Il ne donne donc aucun nouveau droit aux entreprises indiennes sur les marchés français, ni aux entreprises européennes sur les marchés indiens.

Deux règles valables dans toute l’UE s’appliquent aussi aux soumissionnaires étrangers :

  • Subventions étrangères : pour les marchés de 250 millions d’euros ou plus, les soumissionnaires doivent déclarer les contributions financières reçues de gouvernements hors UE d’un montant d’au moins 4 millions d’euros par pays sur trois ans.
  • L’instrument relatif aux marchés publics internationaux ne vise actuellement qu’un seul cas : les soumissionnaires chinois aux appels d’offres de dispositifs médicaux de 5 millions d’euros ou plus, depuis juin 2025.

En pratique, pour une entreprise indienne :

  • Répondez en français, avec les certificats de votre pays et leur traduction en français.
  • Associez-vous. Une réponse en groupement avec une entreprise française ou européenne, ou un rôle de sous-traitant déclaré (formulaire DC4), vous apporte des références locales et réduit nettement le risque que l’acheteur use de son pouvoir d’appréciation pour vous écarter.
  • Commencez par les consultations ouvertes à tous. Pour les MAPA et les petits marchés, la question se pose rarement, et une première référence en France facilite la réponse suivante.

Ce qui a changé en 2025–2026

  • 1er janvier 2025 : la retenue de garantie des PME est plafonnée à 3 % avec les grands acheteurs. La part des marchés de conception-réalisation et des marchés globaux de performance qui doit revenir aux PME passe de 10 % à 20 %.
  • 1er janvier 2026 : nouveaux seuils européens, légèrement plus bas. Les travaux peuvent être attribués sans mise en concurrence jusqu’à 100 000 €. Les exigences de chiffre d’affaires sont plafonnées à 1,5 fois le montant du marché. Un acheteur peut se tourner vers le candidat classé deuxième si l’attributaire n’est pas en mesure d’exécuter le marché.
  • 1er avril 2026 : le seuil de dispense de mise en concurrence pour les fournitures et services passe à 60 000 €, tout comme le seuil de dématérialisation obligatoire des consultations.
  • 26 mai 2026 : la loi de simplification de la vie économique rend PLACE obligatoire pour les acheteurs de l’État et les hôpitaux d’ici 2030, autorise les variantes par défaut et permet aux acheteurs de réserver des lots aux jeunes entreprises innovantes.
  • À venir : l’UE a proposé le 9 septembre 2026 un règlement unique sur les marchés publics (Public Procurement Act), qui remplacerait les trois directives par un seul règlement. Ce n’est qu’une proposition, pas encore un texte en vigueur.

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Questions

Faut-il une société française ou un numéro SIRET pour répondre ?

Non. Vous pouvez répondre en tant qu’entreprise étrangère, avec l’immatriculation de votre pays et des certificats équivalents. Si vous remportez le marché, vous devrez facturer via Chorus Pro, qui accepte les entreprises de l’UE avec leur numéro de TVA et les entreprises hors UE avec un identifiant dédié : là non plus, aucun SIRET n’est nécessaire.

Les entreprises indiennes peuvent-elles répondre aux marchés publics français ?

Elles peuvent déposer une offre, mais n’ont aucun droit garanti à ce qu’elle soit examinée. L’Inde est observatrice, et non partie, à l’Accord sur les marchés publics de l’OMC, et l’accord commercial UE–Inde conclu en janvier 2026 ne comporte pas de chapitre sur les marchés publics. Depuis l’arrêt Kolin d’octobre 2024, un acheteur français peut admettre ou exclure un soumissionnaire d’un tel pays. Répondre en groupement avec une entreprise française ou européenne rend l’admission bien plus probable.

Faut-il répondre en français ?

En pratique, oui. Les contrats avec les organismes publics français sont rédigés en français, et les acheteurs peuvent demander une traduction en français de votre candidature et de votre offre. Certains acheteurs acceptent d’autres langues en plus du français ; les documents de la consultation le précisent alors.

Qu’est-ce qu’un MAPA ?

Un marché à procédure adaptée : la procédure simplifiée qu’utilisent les acheteurs français sous les seuils européens. L’acheteur fixe ses propres règles, à condition qu’elles soient proportionnées et publiées à l’avance. C’est la voie la plus courante : un peu plus de la moitié des marchés français de 40 000 € ou plus sont des MAPA.

Dans quels délais les acheteurs publics français paient-ils ?

Sous 30 jours pour l’État et les collectivités territoriales, 50 jours pour les établissements publics de santé et 60 jours pour les entreprises publiques. Tout retard de paiement fait courir automatiquement des intérêts moratoires au taux principal de la Banque centrale européenne majoré de 8 points, ainsi qu’une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement.

L’accès aux appels d’offres français est-il gratuit ?

Oui. La recherche et les alertes du BOAMP sont gratuites et, au-dessus de 60 000 €, les acheteurs qui publient un avis doivent mettre gratuitement en ligne l’intégralité des documents de la consultation sur leur profil d’acheteur.

Sources

Ce guide explique les règles en termes simples ; il ne constitue pas un conseil juridique. Les règles de la commande publique évoluent, et chaque dossier de consultation fixe ses propres conditions : c'est toujours lui qui prévaut.